vendredi 5 novembre 2010

Cn4-Extraits en vrac - La reine du Bois de Nassogne et le Petit Chaperon rouge

Didier de Lannoy
La Chambre n°4
Nassogne-Badja 13-31 octobre 2010
Extraits


A propos de Nassogne au Togo, voir aussi:
ou
http://grandsatanetlapancreatite.blogspot.com/
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La reine du Bois de Nassogne et le Petit Chaperon rouge

Nassogne.
La forêt et les villages des environs.

Yovo Yovo Bonsoir osera-t-il, un jour, faire lire à sa femme mariée et raconter à ses petits-enfants cette histoire forestière

- Fausse, évidemment !
triste et lamentable, qui lui ressemble et qui pourrait fort bien être la sienne… l’histoire de Reine et
- Une pisseuse, à peine formée !
du Petit Chaperon rouge ?

Reine est une femme magnifique, une brune capiteuse à la chevelure flamboyante relevée en chignon… elle se promène toujours tête nue, la nuque bien dégagée, prête à recevoir des bisous dans le cou… Elle ne porte jamais de foulard et encore moins de chapeau… Reine, gaillarde plantureuse et bien plantée… comme un poêle ardennais à trois étages : la figure poupine et lumineuse, la poitrine généreuse et haletante, les fesses solides et frémissantes… est la superbe
- Mais pauvre alors… pauuuvre !
veuve d’un forestier qui était mort et enterré, depuis déjà longtemps, emporté par une maladie du foie, sans lui avoir rien laissé sauf une maison vétuste et mal entretenue… et sans même
- Et pourtant j’ai tout essayé, je l’appelais sur son portable et je le suppliais de rentrer à la maison… Je m’énervais, je lui ordonnais même de quitter IMMEDIATEMENT le café de Marloie ou le bordel d’Hargimont ou de Marche en Famenne dans lequel il aimait trainer toute la nuit... Je lui disais : dépêche-toi, chéri, je t’attends, fais vite, SINON…
- Sinon quoi ?
- Sinon… sinon tu vas rater, tu vas rater…
- Rater quoi ?
- Rater le moment de mon ovulation, tiens ! Je lui disais ça mais il rigolait, ce fumier ! Il rigolait, ricanait, m’injuriait, m’engueulait, m’envoyait bouler, me raccrochait au nez… et éteignait son appareil. A plusieurs reprises et en utilisant tous les moyens possibles
(les neuvaines à la Vierge, les plantes, les racines, les écorces, les mousses, les champignons, les toiles d'araignée, les bouses de vache, les entrailles de cochon, les crânes de choucas, les carcasses de moutons, les règles de nonnes, l’eau bénite et les bougies, les lotions et les potions, les cartes et les dés, les scapulaires, les médailles et les amulettes) j’ai encore essayé de l’obliger à accomplir ses devoirs conjugaux… mais sans plus de résultats… Par la suite, je me suis calmée, j’ai essayé de comprendre… Et je n’ai rien compris du tout mais je me suis découragée, j’ai fermé ma gueule et j’ai laissé tomber… Cette histoire me reste encore dans le gésier…
l’avoir enceintée, lui avoir fait des d’enfants qui auraient grandi… et qui, eux-mêmes, lui auraient donné des petits-enfants…

Trimardeuse aux abondantes

- Les hommes de la forêt adorent les femmes velues ! Ils ne supportent pas les femmes épilées et rasées de près, l’horreur ! des magazines !
pilosités, aux chairs somptueuses bien que légèrement défraîchies, Reine, la cinquantaine bien avancée, un peu braque mais pas idiote, aime la fréquentation des hommes et
- Surtout pendant le bonne saison, les fins de semaine, histoire de mettre un peu de sous de côté… au noir… faire des provisions de bûches, de gnole, de tabac à rouler, de salaisons et de pommes de terre (à préparer en potée avec du lard, des carottes et du chou) pour passer l’hiver tranquillement… au chaud, toute seule, à la maison !
n’hésite pas à déambuler le long des routes, tendre des collets et battre les buissons pour débusquer son gibier…

Osons ! Voici donc cette histoire de Reine et
- Une sale gamine, une petite peste, une allumeuse !
du Petit Chaperon rouge que Yovo Yovo Bonsoir hésitait à faire lire à sa femme mariée et à raconter à ses kokos :

Il était une fois…
Comme chaque vendredi, du printemps à l’automne, quand le temps le permettait, la reine des champignons

- Attention, certains sont vénéneux !
des baies, des myrtilles et des fraises des bois
- Il n’y a pas beaucoup de fourmis ici… mais gare aux taons quand même ! Attention également aux fruits mûrs et à la mousse humide ! Ça tache les fesses et ça peut laisse des traces… vachement compromettantes !
- On fait comment alors ?
- On se débrouille comme on peut, mon lapin ! On étale de la paille ou du foin sur le sol… On étend une bâche, un vieil imperméable ou une couverture par terre
1! Tu n’as pas ça dans ta charrette ou dans ta bagnole ?
feignait, ce jour-là, d’attendre un autobus du TEC (qui, de toute manière, ne passait, au mieux, que deux fois par jour : tôt le matin et en début de soirée) ou de faire de l’autostop, au bord de la route, s’abritant du crachin sous un parapluie ou se protégeant du soleil en dessous d’un feuillu… depuis des heures, des heures… Et le jour déclinait et la nuit tombait… et personne, personne
- La galère !
personne ne prenait la peine de s’arrêter… Et personne, non plus, n’appelait Reine sur son portable…

Ces derniers mois, en effet, c’était la crise…
Les affaires n’allaient plus très bien. Et Reine se tapait

- Plus personne ne m’aime ! Bientôt, je ne saurai plus quoi faire de mon corps !
une grosse déprime:
J’ai l’impression que les miroirs ne scintillent plus comme avant. Et que les grands phares des tracteurs, des jeeps et des camions ne s’allument plus comme avant. Et que les feux des voitures ne clignotent plus comme avant. Et que même les rétroviseurs des motocyclettes et des vélos ne lancent plus autant d’éclairs qu’avant…
Comment dois-je comprendre ça ? Je ne suis plus la même qu’avant ? Ai-je changé, peu à peu, sans même m’en rendre compte ?

Aujourd’hui, vendredi, en fin de semaine, la reine des routes, des chemins vicinaux et des sentiers de la forêt

- Reine depuis trop d’années ?
se sentait lourde et sans entrain… désenchantée, désabusée, dépourvue de charme et de talents…

Des doutes l’assaillaient :

Je sais que je connais bien mon affaire et que je mets toujours les hommes en appétit mais j’ai le sentiment que mon humeur s’est aigrie et que ma beauté s’est altérée. Je ne ris plus et ne saute plus et ne pirouette plus et ne cabriole plus et ne voltige plus et ne rebondit plus comme avant…

Je me sens parfois, au plus profond de moi-même, toute chagrinée… abimée, poussive, boursoufflée, éreintée, vermoulue, chiffonnée… Je me sens comme un miroir fatigué qui aurait vu passer tellement de monde qu’il ne reconnaîtrait plus personne…

Certes, mes amoureux, mes réguliers…
des bûcherons, des débardeurs et des chauffeurs-grumiers, des élagueurs, des scieurs de long, des fagoteurs, des charbonniers, des sylviculteurs, des apiculteurs, des exploitants de séchoirs à tabac ou de moulins à eau, des couvreurs et des ardoisiers, des forgerons et des maréchaux-ferrants, des sabotiers, des sourciers et des puisatiers, des tourbiers et des sapêtriers, des pêcheurs à la ligne ou au lancer, des chasseurs… et même
- Ils ne sont pas tous mauvais !
des gardes forestiers, des gardes-chasse, des gardes champêtres et des gardes-pêche, mais aussi
- Des promeneurs, des marcheurs, des « amoureux de la nature » ?
- Jamais ! Ils ne disent jamais d’où ils viennent, ces gens-là … On ne peut pas savoir de quel village ils sont, ni ce qu’ils ont dans la culotte. On ne peut pas vraiment leur faire confiance... On doit se méfier…

des barakis, des braconniers, des rebouteux et des sorciers, des trafiquants et des contrebandiers, des assassins en cavale (parfois de « bonne famille » comme, à la fin du XIXe siècle, le Prince Napoléon), des maris fugitifs, des épouses déviantes, des soldats déserteurs, des instituteurs subversifs chassés de l’école des Soeurs, des distillateurs clandestins de pekèts
, des insoumis, des prêtres réfractaires ou défroqués… me sont toujours restés fidèles, je connais leurs couilles depuis tellement d’années !

Ces vieux amis, continuent de me rendre visite, de m’amener des clopes, de faire quelques petites courses pour moi, de m’acheter

- Avec beaucoup de sel, mon lapin !
des sachets de frites à Saint-Hubert, Forrières, Jemelle ou même, quelquefois, à Marloie ou sur la route de Rochefort
- Avec deux cervelas, du pickles et de la sauce mayo, s’il te plaît !
des rouleaux de serviettes en papier, du PQ, des préservatifs, des pilules et des tampons hygiéniques, des cartes téléphoniques, des cannettes de bière ou des bouteilles de vin… et de pique-niquer avec moi (amenant leur boire et leur manger dans des paniers d’osier fermés avec des ficelles) et de tailler bavette avec moi et de faire appel
- Ils sont quelquefois un peu embarrassés ! Ils invoquent des problèmes de prostate ! Le démarrage n’est pas toujours évident ! Ce sont des choses qui arrivent avec l’âge ! Même chez les butors et les forgerons ! Même chez les taureaux et les vigoureux chevaux de trait ardennais ! Je comprends ça ! Il faut parfois aider la nature et donner un petit coup de manivelle !
à mes services et de me raconter leurs bonheurs et de me seriner leurs malheurs, de plaisanter, de potiner, de se bidonner, de faire le malin et de tourner les autres en ridicule, de se plaindre de tout et de rien… et finissent toujours par me confier le soin de régler leurs soupapes et de purger leurs rognons mais
- Ils font valoir qu’ils sont devenus vieux et que les métiers de la forêt2 ne marchent plus comme avant : ils n’ont plus beaucoup de travail, à présent, on fait moins souvent appel à eux… leurs revenus sont, maintenant, limités… Ils sont gênés d’avouer ça mais je les comprends ! Quelquefois, ils me demandent une remise, de leur faire crédit… ou même de leur avancer du pognon !
ils n’assurent plus comme avant...

Mis à la retraite ou partis travailler ailleurs (mais les usines et
les casernes ferment et les chemins de fer n’embauchent plus)… ou devenus chômeurs de longue durée ou indigents structurels relevant du centre public d’aide sociale, mes soupirants ne sont plus guère en mesure
- Les factures, les dettes, les huissiers, les amendes, la redevance TV, le chauffage et l’électricité, le précompte immobilier, les cotisations sociales, les médicaments… la femme de la maison qui s’aigrit… et qui, chaque soir, fait les comptes et ne laisse plus sortir son homme comme avant, fouille ses poches, confisque les clefs de sa voiture… le prix du lard, du pain, des pommes de terre, de l’essence, des cigarettes et de la bière qui ne cesse d’augmenter… les enfants, les petits-enfants… les visites de l’assistante sociale et tous les justificatifs qu’on doit lui fournir… Il faut comprendre, Reine…
- Je comprends, mon lapin !

de venir me voir aussi souvent qu’avant et de me couvrir de cadeaux comme dans le bon vieux temps : des boucles d’oreille, des bracelets ou des colliers de pacotille, une invitation à boire

- De la Faysanne, au Rimbaud, à Saint-Hubert, s’il te plait !
- On n’en fabrique plus, Reine ! La brasserie a été rachetée… et aussitôt fermée ! Qu’est-ce que tu veux que je te ramène ? De la Chouffe, de la Chimay, de la Rochefort, de la Saint-Monon ?
quelques godets dans un caberdouche ou un estaminet, un tour de manège à une kermesse de village… et même une promesse
- Je ne te mens pas, Reine, je te dis la vérité vraie ! Fais-moi plaisir, défais tes cheveux et laisse-les retomber sur les épaules ! C’est ainsi que je te préfère ! Dès que la bourgeoise aura avalé son dentier, je t’épouse…
de mariage…
Mes prétendants ne sont plus aussi généreux, enthousiastes et rigolards qu’avant…

La reine des pauvres et des paumés ne veut cependant pas se laisser abattre. Elle décide qu’il est temps de réagir:

Je suis devenue épaisse et boudinée ? D’accord ! Bientôt j’aurai les seins en gants de toilette ou en oreilles de cocker ? D’accord ! Mon visage va commencer à se plisser et je ressemblerai de plus en plus à une tireuse de cartes ou à une jeteuse de sorts ! D’accord ! L’arthrose me guette et je serai bientôt toute courbée ? D’accord ! Les curés me traitent de foeticide (comme si j’avais encore l’âge de faire des enfants, oh !… spermicide, je comprendrais mieux…) et menacent (comme si j’assistais encore à leurs messes et que j’écoutais toujours leurs sermons, oh !) de m’excommunier ? D’accord ! Faisons avec ! Sachons saisir la floche et tirer profit de la situation !

Reine prend la décision de se transformer en quelqu’un d’autre :

J’en ai marre de toujours devoir comprendre tout le monde... J’en ai marre d’être le cochonnet d’une partie de boules… J’en ai marre d’être toujours la plus drôle et la plus sympathique... J’en ai marre d’avoir été, toute ma vie durant, disponible, attirante, désirable, séduisante, chatoyante, gaie, enjouée, accueillante, charitable et généreuse… Je veux expérimenter de nouveaux sentiments… Je veux, à présent, me sentir coupable de quelque chose de grave et d’important… éprouver ça…

J’ai, à présent, l’âge d’être respectée. Je suis un être humain, une vraie femme, bien réelle. Je ne suis pas un fantasme, ni un en-cas, ni un faire-valoir. Une jeune fille inconnue ne m’a pas mis au monde sous X dans la salle des coffres d’une banque du sperme. A la mort de mon fumier de mari (dont le chanoine, le bourgmestre, le notaire, l’instituteur, le pharmacien et le garde-champêtre se demandaient

- Cette histoire de foie malade, ce n’est pas très clair ! disaient-ils parfois, avec un sourire entendu… On aurait peut-être dû faire une enquête…

encore aujourd’hui si je ne l’avais pas empoisonné avec des champignons ou d’autres trucs bizarres qu’on trouve dans la forêt, tandis que les femmes
- Qu’est-ce qu’elle vient faire par ici, cette traînée, cette salope, cette chienne en chaleur, cette parpayote, cette insolente, cette effrontée, cette envoûteuse, cette femme des bois qui sent le gui, l’herbe et la fougère ? Vient-elle nous provoquer, aguicher nos maris ? Cherche-t-elle à nous narguer ? Qu’est-ce que les hommes lui trouvent ?
du village se posaient beaucoup de questions quand elles me voyaient déambuler… en sifflotant, tête nue, portant une jupe courte, de couleur vermeille ou incarnat, légère comme les pétales d’une fleur de coquelicot… dans les rues sans trottoirs du village : la Grand-rue, la rue d’en haut, la rue d’en bas, la rue des champs, la rue de la forêt…), je n’ai pas voulu nourrir les cochons et soigner les vaches chez un bon chrétien, m’habiller tout en noir, porter un fichu sur la tête et un châle autour des épaules, chausser des bottes, patauger dans le purin, me faire pisser dans la gueule et recevoir des coups de sabot dans l’estomac.

Aurais-je dû, à l’époque, me faire engager comme serveuse ou dame pipi dans un restaurant routier ? J’ai choisi plutôt d’être une femme libre, indépendante, déboutonnée. Je veux, à présent, assumer pleinement ce que je suis. Je veux m’appartenir enfin, ne plus être au service, à la solde et à la merci des autres. Je veux devenir égoïste, ne plus penser qu’à moi-même. Je veux que mon grand cœur d’artichaut se change en galet ou en caillou.
Je veux devenir une sorcière !

Interrogées par Reine, les Anciens et les Anciennes, réunis dans la forêt pour un conciliabule secret, conseillent à leur consultante d’offrir un grand sacrifice

- Lui seul pourra te satisfaire, Reine ! A condition que le cadeau soit d’importance !
à Sataaaaaaaaaaaaaaan.

Le reine des champignons, des baies, des myrtilles et des fraises des bois décide donc de monter un projet scélérat.

Voici son plan :

- T’as toujours la trique, mon lapin ? T’as l’bâton ?
le vieux loup de m’aider… le loup, mon vieux compagnon… et mon touuuuuut premier amour, celui-là même qui m’a déviergée et
- Je le siffle, il s’amène en courant… en jappant, jappant, jappant… comme avant !

qui m’est resté fidèle… et que j’ai longtemps soupçonné
Je vais convaincre

- A quel âge m’as-tu prise, satyre !
- Oui, Reine, mais je ne t’ai pas forcée ! s’indigne le loup…
- J’étais encore une fillette ! J’en suis encore toute remuée ! Tu as dû me bousiller les ovaires, salopard !
d’être un peu pervers… et pédophile… et qui
- Je voudrais que tu me rendes un petit service, mon lapin…
continue d’aimer la viande de chasse, la chair crue, le sang frais…

Je vais convaincre le loup d’être mon complice … et lui confier la mission d’appâter, de séduire et de

- Elle appartient à une famille très pauvre, tu sais ! Sa disparition va grandement soulager ses parents ! Elle vient souvent ramasser du petit bois ou cueillir des champignons dans la forêt ! Elle est encore pucelle, propre et bien élevée ! Elle est saine ! Tu ne risques pas d’attraper des morpions ! Et encore moins le sida ! Je la connais très bien ! Elle vient parfois à la maison me faire un petit coucou ! Elle ressemble à ce que j’étais lorsque tu m’as connue ! Elle pourrait être ma petite fille… si j’avais eu des enfants ! Elle se gonfle les nichons avec du papier de toilette mais je l’ai surprise un jour, dans ma chambre, le torse nu devant le miroir, en train de se frotter la nuque pour regarder ses petits seins pointer… et fouiller dans mes affaires et essayer mon rouge à lèvres et sourire
comme une truie, la garce ! Je me suis dit alors que si je la laissais trop grandir, cette gamine, j’allais avoir des problèmes : elle risquait de devenir une sacrée coureuse… et de me faire une terrible concurrence ! Vas-y, mon loup gris ! Aide-moi ! Il y a urgence ! C’est une question de survie, j’te dis ! C’est un problème de légitime défense ! On est bien d’accord, mon loup d’amour ? J’te l’amène dans ma maisonnette au fond des bois et, après, tu t’en occupes et tu en fais ce que tu veux ? Tout ce que je te demande, c’est qu’elle disparaisse, pour toujours…
couiller et de croquer le Petit Chaperon rouge… de la kidnapper, de la cajoler, de la pâturer… et puis de la dévorer…

Ensuite, quand, après plusieurs semaines ou plusieurs mois de vaines recherches, un orpailleur, un défécateur assailli par des taons et des mouches vertes ou bleues ou un honnête chercheur de truffes retrouvera le squelette (sans plus aucune viande à grignoter auprès des os, tous rongés jusqu’à la moelle) désarticulé et les vêtements déchiquetés et le capuchon décoloré de la gamine sous un tas de fagots, près d’un chemin forestier, au pied d’un arbre où les Allemands avaient, pendant la guerre, enterré en vitesse, dans une tranchée peu profonde, plusieurs caisses de munitions et
37 grenades, je mettrai
- Au nom de Satan !
à prix la tête de l’assassin, je « découvrirai » alors des indices concordants… que j’aurai, entretemps, rassemblés, étiquetés et conservés avec soin (des boutons de braguette explosés, quelques poils pubiens arrachés, une petite culotte déchirée et souillée, un mégot), j’organiserai une grande battue avec mes vieux clients et quelques bonnes copines de Jemelle, de Marche ou de Saint-Hubert et
- Au nom de Satan !
je ferai tuer le loup, mon premier amour… ce vieux galant dépravé que je ne supporte vraiment plus de voir sucrer les fraises un peu plus tous les jours (sa prostate, ses reins, son pancréas, sa vésicule, sa bite) et de se teindre la perruque en fauve et de ressembler à un paillasson décrépit…

Je serai dorénavant une vraie salope !
Je ne devrai plus comprendre personne ! Ce sera aux autres de me comprendre et de me craindre ! Je serai enfin

- Au nom de Satan !
une vraie sorcière cruelle et
- Attention, depuis quelques temps, cette jument a tendance à ruer ! Il ne faut plus lui coller au train !
dangereuse, investie de pouvoirs maléfiques ! L’innocence insolente et la jeunesse insouciante auront été
- Au nom de Satan !
définitivement outragés ! Et mes illusions de jeune fille massacrés et mon premier amour lynché (lapidé, fouetté, poignardé, supplicié, sodomisé, ébouillanté, empalé, éventré, crucifié et décapité) !
Tout le monde, alors, me devra le respect.

Voilà donc le projet scélérat imaginé par la reine des sentiers buissonniers, des chemins de campagne et des routes qui traversent la forêt. Il lui reste maintenant à le mettre à exécution.
En aura-t-elle

- Reine hésite encore un peu… Elle espère toujours pouvoir se refaire… Elle attend que la crise passe et que le commerce reprenne ! Rien n’est encore établi ! Et la p’tite garce au sourire de truie ne va sûrement pas se laisser faire ! Ce n’est pas gagné d’avance !
le coeur ?


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1Faire l’amour à la claire fontaine, à la belle étoile, dans les prés
- Commettre une infraction… ET un péché mortel, c’est goûteux !
ou dans les meules de foin… ou dans l’ancienne résidence du garde-chasse de Nassogne, lorsqu’elle était à l’abandon… ou
- Chez moi, dans la petite maison, au cœur de la forêt, le seul bien que mon fumier de défunt mari m’ait laissé en héritage ? Jamais ! C’est privé !

dans la grange ou un appentis d’un pavillon de chasse appartenant à des gens de la ville, le plus souvent inoccupé, à Mochamps… ou, quand il pleuvine ou qu’il fait un peu frais, à l’intérieur d’une voiture en stationnement sur un parking désert du parc à gibier de Saint-Hubert, des gares de Marloie et de Jemelle ou du Fourneau Saint-Michel (à la sortie de la forêt, au pied de la vallée de la Diglette)… c’est à la fortune du pot ! On ne doit pas s’attendre à bénéficier du même confort que dans la chambre n°4 d’une maison de rendez-vous ! On aime faire l’amour dehors, librement, comme les bêtes ? Il faut s’adapter alors ! Les produits frais de la ferme et des bois, ça ne se trouve pas dans les grandes surfaces !

2 La forêt a beaucoup changé… Certains « métiers » des bois ont même carrément disparu… Et sont venus les « pépiniéristes », marchands de sapin de Noël et fournisseurs de supermarchés… et les "négociants en bois" qui se présentent comme des « investisseurs » soucieux de rentabilité et ayant pour ambition de redynamiser l’exploitation forestière wallonne… et qui sont originaires, quelquefois, de Flandre... et qui décrochent, au détriment des scieries locales, d'importants contrats de vente de grumes à l'Inde ou Chine et les « gentils
- Ne quittez pas les chemins balisés ? Restez groupés ?
accompagnateurs », bénévoles ou stipendiés par un hôtel, une colonie de vacances ou un syndicat d’initiative local, armés de cannes à bout pointu, qui escortent et
-
N’oubliez pas le pourboire ?
guident des troupeaux de scouts, de marcheurs, de joggeurs, de touristes écolos et autres estivants, week-endistes et dimanchiers… et de tous ceux qui ont peur de se perdre dans les bois, de croiser le chemin d’un
- Ou même d’une vipère, déguisée en bâton qui se serait échappée de la botte de Givet ou de la région de Philippeville ! Et qui aurait réussi à traverser l’autoroute !
renard atteint de la rage ou de se retrouver nez à nez avec une laie, prête à charger les intrus pour protéger ses marcassins… ou d’être rançonné par le fantôme d’un « résistant », d'un réfractaire au STO ou d’un soldat allemand… ou d’être interpellé par un coupeur de routes à la solde de Guillaume de la Marck, le sanglier des Ardennes…
La forêt n’est plus ce qu’elle était. On dit que même que le Prince Napoléon, jadis garde-chasse à Nassogne, serait devenu gargotier pour touristes…









Cn4- Extraits en vrac - La recette du chou farci au chou

Didier de Lannoy
La Chambre n°4
Nassogne-Badja 13-31 octobre 2010
Extraits


A propos de Nassogne au Togo, voir aussi:
ou
http://grandsatanetlapancreatite.blogspot.com/
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La recette du chou farci au chou

Nassogne.
Le champ d’Ana.

Yovo Yovo Bonsoir ne peut pas rester plus longtemps à Nassogne.
Mwana Danzé
(alias Ana Jazz, alias Motema Magique, alias Tantine Betena, alias Catalogue, alias la mère Maraîchère) l’attend.
Les enfants et les kokos aussi.

Quel cadeau offrir à sa femme mariée ? Qu’est-ce qui pourrait bien lui faire plaisir ? se demande Yovo Yovo Bonsoir qui a décidé de voyager

- Comme un jeune homme ! Comme un homme libre,
pas comme un bourricot, oh !
avec seulement un bagage à main (qu’il tient d’ailleurs à ne pas trop charger) et sans aucune valise en soute…

Voici sûrement le cadeau magnifique qu’elle attend impatiemment… en se trémoussant à l’avance: des graines à semer

- Gougoui demandera à Kumi d’en acheter quelques-unes, demain mardi, au marché de Badja !
dans son champ (le sien mais aussi celui de toutes ses copines) à Rhode Saint-Genèse, en région flamande, dans la grande banlieue de Bruxelles…
Ce champ dont Yovo Yovo Bonsoir a mangé tous les légumes mais qu’il
- Lokuta na ye ! s’emporte la mère Maraîchère et reçoit-elle immédiatement le secours de ses complices, toutes prêtes à venir témoigner en sa faveur devant n’importe quel tribunal…
n’a jamais été invité à visiter…

Des graines de fétri (alias gombo)… une variété
- Si ta mère Maraîchère plante ça à la fin du printemps, dit Gougoui, elle peut espérer avoir une récolte en été, avant la mauvaise saison…
qui est censée pousser rapidement, en deux mois.
Et des graines d’adémé… petits arbustes dont les feuilles
- A cueillir quand elles sont encore jeunes ! Ne pas attendre qu’elles deviennent rouges et dures ! On les enlève au fur et à mesure… et ça repousse… et ça repousse encore…
cuisinées avec de la potasse (ou du bicarbonate, comme à Kinshasa), donnent une sauce gluante qui convient aussi bien à la viande qu’au poulet ou au poisson fumé.

Quelques graines et… ça ne pèse rien du tout… une recette

- Une recette togolaise ?
- Même pas ! La recette d’un vieux livre de cuisine (« Cuisine et vins de France » de Curnonsky, alias « le Prince des Gastronomes », Larousse, 1953 pp 604-605) ayant appartenu à Mamie Marguerite, la grand-mère d’Ana… et que Gougoui… estimant que la cuisine togolaise, sous l’influence de Gustav Nachtigal et de Yao, l’ancien cuisinier allemand, était encline à accommoder le chou de façon trop germanique… a expérimentée avec succès à Nassogne !
La recette du « chou farci au chou » !

La voici donc, cette recette, telle que revue et commentée par Gougoui :

Réserver les 4 premières feuilles de 2 choux

- Le livre parle de choux « de Milan »... Avec les choux blancs de Kévé ou de Noépé, ça marche tout aussi bien ! dit Gougoui…
et les disposer sur une serviette placée dans une terrine, le bord supérieur contre le fond.
Hacher menu le cœur des choux et faire revenir jusqu’à couleur blonde. Faire revenir également 2 oignons, persil haché, sel, poivre. Mélanger le tout avec
- J’en mets seulement quatre et ça me paraît bien suffisant ! Les choux d’ici ne sont pas aussi gros que ceux des marchés de Montreuil et de Belleville… ou que ceux du marché du mardi et du dimanche matin (ah, les andouillettes du dimanche matin!), sur l’avenue Jaurès, en face du parc de la Villette ! dit Gougoui…
6 œufs entiers et un peu de mie de pain trempée dans du lait.
Disposer cette farce dans des feuilles. Nouer la serviette très serrée et placer le tout dans l’eau bouillante

- Attention à ne pas saler deux fois ! dit Gougoui… D’abord la farce et l’eau ensuite,
ça fait beaucoup !
salée : 1 heure et demie de cuisson.
Egoutter. Pour servir, le chou, sorti de la serviette, doit se tenir comme s’il était entier.
Mettre

- On peut zapper cette dernière étape, si on est tenu de suivre un régime sans graisse… C’est tout aussi bon ! dit Gougoui…
un morceau de beurre, couvrir de mie de pain et passer au four.



Cn4-Extraits en vrac - Une tête de guillotiné, ça peut encore vomir?

Didier de Lannoy
La Chambre n°4
Nassogne-Badja 13-31 octobre 2010
Extraits


A propos de Nassogne au Togo, voir aussi:
ou
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Une tête de guillotiné, ça peut encore vomir ? Et ça pue toujours de la gueule ?

Ailleurs.
Chambre n°4.

Partout ailleurs dans le monde, près de Zougdidi, dans la région de Briansk ou en bordure de la rivière Khalei, quand Yovo Yovo Bonsoir passe
dans le couloir ou devant la fenêtre de la chambre n°4, il tend l’oreille et il entend tout :

Ouvre-moi ta porte, poupée d’amour, que je t’offre un bouquet de légumes, cueillis à l’aube, de mes propres mains… ou que je te chante une ballade ou que je te lise un recette de cuisine de ma composition ! Ouvre-moi tes jambes, salope ! Mais garde tes jarretelles et tes talons aiguilles ! Et laisse-toi faire… que je t’épluche la salade et que je te pèle les tomates… et que je te fouille et que je te farfouille dans tous les sens… et que je te couille sauvagement et que je te coque avec vaillance!

Mais sans doute

- Crevaison, panne d’essence, batterie déchargée, fuite d’huile moteur, bielle fondue, défaut de fabrication ou programmation défectueuse, mauvais équilibrage des pneus ?
ne réussit-on pas toujours à convaincre sa partenaire… car voilà qu’on se fait parfois expulser, bruyamment, avec fureur, par la propriétaire de l’anatomie qu’on se proposait d’investir si hardiment.
- Bima ! Sors de mon corps, vieille bite pourrie ! T’es viré, ganache ! Enlève de ma vue cet appendice grotesque ! Ramasse te limace molle et baveuse qui me souille les affaires intérieures ! Tu n’as plus rien à faire dans ma couche !
- M’enfin, ma p’tite pancréatite, c’est peut-être toi qui… ne bouges pas bien… ou qui ne bouges pas assez, non ?
- Longwa kuna ! Dégage ! Tes défaillances et ton inappétence relèvent de ton domaine exclusif de compétence ! Je n’y suis pour rien ! Pour ce qui me concerne, elles ne sont rien d’autre qu’un manque grave de respect !
- M’enfin, ma p’tite pancréatite chérie, ne le prend pas sur ce ton ! Il faut comprendre… Si tu veux, quand tu te seras calmée, on pourra en discuter…
- Je ne veux rien du tout et je le prends sur le ton qui me convient ! Je n’ai rien à comprendre et il n’y a pas matière à discussion ! Remets ton culotte, lavette, enfile ton pantalon et tes chaussettes puantes… et cesse immédiatement d’exister ! Je te donne l’ordre de quitter mon territoire ! DEREKITIMA ! T’es mort ! Va te choisir un cercueil chez Ikea que tu pourras monter toi-même à la maison, sur ton lit, en regardant un film porno à la télévision, ça t’occupera et te donnera peut-être des idées ! Disparais pour toujours, foutriquet ! Cette conversation est terminée !

Ouais, les insultes au lit

- Une tête de guillotiné, ça peut encore vomir ? Et ça pue toujours de la gueule ?
ne font plaisir à personne !

Surtout dans la chambre n°4 d’une maison de rendez-vous ou d’un petit hôtel très fréquenté de Ndjili (Kinshasa), de Cali (dans la Cordillère occidentale, en Colombie), de Galesburg (Illinois), de Harbin (dans le Hei-Iong-kiang, au nord-est de la Chine) ou de la Porte de Clignancourt (Paris) … où tout s’entend à tous les étages et même dans la rue... où tout se sait, où tout se répète !



Cn4-Extraits en vrac - Les adieux de Yovo Yovo Bonsoir et de sa p'tite pancréatite chérie

Didier de Lannoy
La Chambre n°4
Nassogne-Badja 13-31 octobre 2010
Extraits


A propos de Nassogne au Togo, voir aussi:
ou
http://grandsatanetlapancreatite.blogspot.com/
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Les adieux de Yovo Yovo Bonsoir et de sa p'tite pancréatite chérie


Nassogne.
Le départ.

Le jour et l’heure sont venus.
Je dois, à présent, quitter Gougoui… et

- Se reverra-t-on jamais ?
tous mes amis et personnages… Abandonner aussi Satangan
- Le grand Satan me donne l’adresse et le numéro de téléphone d’un frère à lui qui a quitté le pays et s’est établi à l’étranger... J’irai lui rendre visite ! J’espère aussi que je pourrai l’aider à régulariser sa situation et à obtenir des papiers… mais je ne promets rien !
et la pancréatite, venue le saluer
- Tu fais ta valise, Yovo ?
- Ben oui !
- Tu t’en vas ?
- Ben oui !
- C’est tout ce que tu as à me dire… après ces longs moments passés ensemble dans la chambre n°4 de Nassogne ?
- Je reconnais que nous avons passé d’excellents moments ensemble, petite pancréatite chérie, des moments de grande intimité, certes, mais je dois, à présent, m’en aller… Je dois rejoindre Mwana Danzé (alias Ana Jazz, alias Motema Magique, alias Tantine Betena, alias Catalogue, alias la mère Maraîchère), ma femme mariée, mon être humain, ma tendresse bourrue… qui m’attend… et sans qui je perds tout mon allant et toute ma légitimité… Je dois aussi lui remettre des graines de fétri et d’adémé de la part de Gougoui… et la recette du chou farci au chou… Tu es jalouse ?
- Kasi !
- C’est bien vrai ? Je vais te manquer ?
- E bongo !
- Tu veux que je te laisse quelque chose ? Un peu d’argent ? Tu sauras te débrouiller toute seule ? Ça ira ?
- Ça n’ira pas du tout et je ne te dis pas merci ! Mais ne crois pas que tu vas t’en tirer comme ça, Yovo ! Il ne faut pas me prendre pour le Petit Chaperon rouge ! On ne recrache pas mes os dans la forêt après les avoir rongés jusqu’à la moelle ! Je ne vais pas me laisser faire, moi ! Je vais te faire
arrêter par les sodjas et leur demander de livrer ton corps aux cruelles fourmis « magnas », Yovo ! Tu vas me sentir longtemps, le Blanc… mufle, ingrat, perfide, imposteur, faussaire, gougnafier, foutriquet !
- M’enfin, p’tite pancréatite chérie… Il faut comprendre…


Fayaaaa !




jeudi 4 novembre 2010

Cn4-Extraits en vrac - Si Darwin avait passé ses vacances à Ibiza...

Didier de Lannoy
La Chambre n°4
Nassogne-Badja 13-31 octobre 2010
Extraits


A propos de Nassogne au Togo, voir aussi:
ou
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Si Darwin avait passé ses vacances à Ibiza...

Ailleurs.
Chambre n°4.

Y. Bonsoir est allongé sur son lit, dans la chambre n°4…
A Nassogne et partout ailleurs dans le monde… A Ndjili (Kinshasa), à Cali (dans la Cordillère occidentale, en Colombie), à Galesburg (Illinois), à Harbin (dans le Hei-Iong-kiang, au nord-est de la Chine) ou dans un petit hôtel de la porte de Clignancourt (Paris)…

Parvenu à la fin de son voyage et de son opuscule, Y. Bonsoir se laisse aller alors à rêver… Il se prend même à faire de la politique, à refaire… ou à défaire le monde:

Ah ! Si
Darwin avait passé ses vacances à Ibiza plutôt qu’aux îles Galapagos, il n’aurait pas rencontré Dieu… Simon Bolivar aurait fait arrêter Christophe Colomb dès son arrivée à l’aéroport de La Havane ou de Caracas, lui aurait délivré un ordre de quitter le territoire et
- Bonjour chez vous !

l’aurait renvoyé dans ses foyers, en Espagne ou en Italie, par le même avion… Arthur Rimbaud ne serait pas devenu trafiquant d’armes en Abyssinie ou dans l’est du Congo… Saint Paul, les Croisés et les étudiants en religion des différentes églises chrétiennes orientales n’auraient pas

- Pour que la lubrique cesse de se toucher ! Et qu’aucun amant ne puisse plus, en présence de son mari, faire mine de lui presser loyalement les phalanges… tout en caressant, subrepticement, avec son index, l’intérieur de la paume de l’infidèle, oh !
tranché à la sainte hache les bras de la Vénus de Milo faute d’avoir pu
- Comme on gratte le numéro de série d’une voiture volée… avant de la mettre au turbin et de l’envoyer bosser, dans la vieille ville, avec des faux documents d’identité ! Les manchotes et les sans-papiers ont encore tout ce qu’il faut pour plaire aux clients ! Il y a même des chrétiens qui préfèrent les femmes ainsi : sans nom ni prénom et sans aucun moyen de défense ! Ça leur donne des frissons… en plus !

lui râper ou lui limer les empreintes digitales… Karl Marx aurait refusé d’émigrer en Israël et de s’installer dans une colonie de Cisjordanie occupée… Le pape Benoît XVI, marchant à la tête d’une manifestation contre l’avortement et triturant sans cesse les boutons de sa braguette, n’aurait pas

- Je voulais simplement engager la conversation ! Lui parler de père à enfant ! Lui indiquer quel est le vrai chemin !
interrompu, avec étourderie, la promenade d’un jeune fille nudiste portant, dans son sac à dos, dissimulé sous un bouquet d’orties, un essaim de guêpes très énervées… Joseph Staline ne serait pas mort étouffé, au bord de la piscine d’un motel gay de San Francisco, à l’issue d’une soirée bien arrosée, en avalant de travers son dentier (mis à tremper dans un rince-doigts) alors qu’il essayait de le replacer à l’intérieur de la bouche après avoir taillé une bouffarde à Adof Hitler … Gustav Nachtigal
- Le faux jeton, l’entubeur !
aurait été avalé pour un crapaud gobeur de mouches plus menteur que lui-même, à la langue plus gluante et plus fourchue que la sienne… Le président Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Zabanga ne serait pas le fils préféré
- Spirituel ?
- Naturel, ko!
de Monseigneur de Hemptinne, vice-roi du Katanga… La Chine populaire ne s’éveillerait plus avec la gueule de bois et ne chanterait plus, avec arrogance et désinvolture, l’Internationale à l’envers… Le Prince Napoléon n’aurait assassiné personne et ne serait pas devenu gargotier pour touristes dans les bois de Nassogne… Jésus ne serait pas mort d’une overdose, dans les bras de Janis Joplin, au jardin des Oliviers… Nicolas Sarkozy aurait pris sa retraite à cinquante-cinq ans… Les lions carnivores mangeraient du chou farci au chou… Fidel Castro décéderait inopinément sur un terrain de football américain et Barack Obama se verrait attribuer le prix Nobel de la guerre… Je continuerais de croire aux chansons de geste et aux contes de Perrault, aux saintes écritures et à la révolution !

Mawa vraiment !

Cn4-Extraits en vrac - L'homme et l'ampoule

Didier de Lannoy
La Chambre n°4
Nassogne-Badja 13-31 octobre 2010
Extraits


A propos de Nassogne au Togo, voir aussi:
ou
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L'homme et l'ampoule


Nassogne.
Sika’a.

Ça n’arrête pas de pleuvoir. Les habits ne sèchent pas. Le solaire ne charge pas. L’inspiration ne vient pas…

Yovo Yovo Bonsoir s’ennuyotte, feuillotte des journaux achetés, la veille, par Gougoui (et particulièrement Sika’a, parution du 18 octobre 2O1O, en vente dans toutes les bonnes stations-service de Lomé… hebdomadaire satirique où on peut lire, notamment, que des « voleurs courageux » ont eu l’audace d’arracher des ignames dans le champ d’un colonel à Kara), plagiotte et s’amusotte à faire
- Et un peu de broderie aussi…
des collages… comme André Stas, son pote, son zigue…

Voici ce que ça donne :

Dans un village nouvellement électrifié, le soir, juste avant de s’endormir, un homme, un veuf, réputé ombrageux et qui n’était guère apprécié par son voisinage, est monté sur une chaise ou un tabouret pour éteindre
- L’ampoule a refusé !
une ampoule allumée… en soufflant, soufflant, soufflant, soufflant dessus de toutes ses forces mais… à force de s’exciter, de s’énerver, de s’emporter, de tempêter, de vociférer et de s’agiter dans tous les sens… sans doute a-t-il lancé un bras en l’air, perdu l’équilibre et finalement
- Cette fois-ci, l’ampoule a bien voulu !
réussi à éteindre la lumière… en fracassant, d’un geste maladroit, l’enveloppe de verre récalcitrante, toute neuve encore, que les mouches n’avaient pas encore eu le temps de cochonner…

L’homme a donc fait exploser l’ampoule… et… scrrrtttttch… s’est accroché au fil de la lampe, a entraîné dans sa chute, toute l’installation électrique, le boitier, le câble d’alimentation, ce qui … scrrrtttttch… a provoqué un court-circuit et… scrrrtttttch…scrrrtttttch… un début d’incendie…

Un éclair suivi d’un coup de tonnerre a-t-il donc secoué la maison ? L’homme est-il tombé de sa chaise ou de son tabouret et s’est-il tordu la cheville ou pété la clavicule ? A-t-il dans sa chute renversé une grande bouteille de sodabi dont l’alcool à quatre-vingt degrés s’est aussitôt mis à brûler ? Chevauché par la souffrance, hurlant de douleur et terrorisé par les flammes, l’homme a-t-il eu le réflexe, avant de s’évanouir, de renverser sur le feu… qui commençait à prendre… le contenu plein-plein (4,5 litres) d’un vieux pot de peinture (Super Leytex, made in Ghana) qui lui tenait lieu de vase de nuit… et
- Cet oubli, dû au veuvage (il n’y a plus de femme ici, on doit tout faire soi-même…) plutôt qu’à la négligence, allait lui sauver la vie !
qu’il n’avait plus vidé depuis au moins deux jours?

A-t-il fallu que le soleil se lève pour que les voisins, suffoqués par les odeurs d’urine bouillie et d’alcool embrasé, épouvantés par les jurons, les imprécations et les malédictions du pauvre homme… et le croyant justement frappé par Hébiésso (ou Hêviesso), le Dieu de la foudre, en châtiment de quelque infamie ou crime inavouable… osent enfin se porter au secours du sinistré… dont ils craignaient de retrouver le corps foudroyé, entièrement calciné ?

Bon, ouais…
On est bien gentil, on compte jusqu’à trois et
- Gboooooooo !
on explose de rire… à chaudes larmes… et on fait éclater
- Que tout le monde se marre aussi !

une grenade hilarante et lacrymogène… semblable à celles que la Forcep, les « treillis bleus », lançait sur les manifestants, à l’époque de l’élection présidentielle, lorsqu’ils s’en prenaient au mobilier urbain de la ville de Lomé…

Ouais, bon, quoi ? On
- On ne rit pas ! s'indigne Jipéji... On ne rit pas à voix haute du malheur des gens !

peut bien se marrer, non ? Il faut s’occuper !
On n’est quand même pas né
- Sinon on ne prendrait pas la peine de se lever tôt le matin et de se coucher tard le soir, de prendre une douche et de se brosser les dents, de bien manger et de boire trop… de bosser, bosser, bosser toute la journée… et de baiser, baiser, baiser tout la nuit… de vivre et de changer la vie, quoi !
pour mourir...
D’ailleurs la pluie diminue et le soleil, peu à peu, revient… Personne n’est mort ? Ça va bien ? Merci !





Cn4- Extraits en vrac - Nassogne, ici et ailleurs

Didier de Lannoy
La Chambre n°4
Nassogne-Badja 13-31 octobre 2010
Extraits


A propos de Nassogne au Togo, voir aussi:
ou
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Nassogne.
Ici et ailleurs.

Gougoui

- Viens sur la terrasse, je voudrais que tu rencontres quelqu’un !
invite Yovo Yovo Bonsoir à le suivre et lui présente un « pays », Bruno Lumbala.
Triplement « pays » parce que cet ami de Gougoui est originaire

- Oui, je connais bien Aba Selemani qui travaille maintenant à l’Ambassade du Congo à Lomé, comme engagé local !
- Et Vieux Mongol ?
- Vieux Mongol, non ! J’en ai entendu parler, bien sûr, mais je ne le connais pas personnellement !
- Vous direz bonjour à Papa Selemani de ma part… dites-lui que c’est le papa du grand Bakandja qui les salue, le mari d’Ana, il se rappellera peut-être ! Pesa ye mbote !
du Congo, s’est installé au Togo depuis de nombreuses années… et n’ignore pas qu’il existe un village de Nassogne en Belgique… et, à l’incitation de Gougoui, l’a même
- Y compris Coumont… il y avait une bétonnière devant la maison, les nouveaux propriétaires faisaient des travaux sans doute ! Et le Wellingtonia, dans le parc… je l’ai vu et j’ai pris des photos ! Et l’ancienne maison du garde chasse, dans la forêt, la « maison du Prince Napoléon »… elle été remise à neuf et est devenue un restaurant !
déjà visité : « J’avais fait connaissance de Nassogne au Togo, j’étais curieux de voir à quoi ressemblait Nassogne en Belgique... »

On l’aura compris
- Bruno Lumbala est arrivé à point nommé !
il y a deux Nassogne : Nassogne ailleurs et Nassogne ici… Maintenant qu’on est presque arrivé à destination et qu’on s’apprête à fermer boutique, sans doute vaut-il mieux
- Chttttt ! Encore un tout petit peu de patience ! On y est !

mettre ça sur papier, une fois pour toutes… l’écrire noir sur blanc, clairement et sans détours.

Voici donc :

Nassogne « ailleurs » se situe en Wallonie, dans le futur ex-royaume de Belgique (en Ardenne, terre de sorciers… dans la province du Luxembourg, en bordure de la forêt de Saint-Hubert )…
C’est le village du temps passé, l’ancien village d’origine

- Ayant, dit-on, été conçu par un Esprit malin dépêché par Satan, un exorciste l’aurait mis au monde dans la chambre n°4 (la dernière, en forçant un peu, quand on monte à l’étage par le petit escalier de la cuisine, l’escalier « secret ») de la baraque de Mamy, sa grand-mère préférée… en oubliant de le noyer, aussitôt après, dans une bassine d’eau savonneuse ! Yovo Yovo Bonsoir, en effet, était né à Nassogne et y avait passé les plus belles années de son enfance. Il y avait, à l’âge de cinq ans, comme tous les enfants du village, joué à la guerre, pendant la contre-offensive des Ardennes dirigée par un vieux pépé, nobliau-nazi, Gerd von Rundstedt (un compatriote de Gustav Nachtigal), maréchal du troisième Reich... Il s’était fait très copain avec un soldat polonais, un jeune instituteur, qui prétendait avoir été incorporé de force dans l’armée allemande et qui (ce que Y. Bonsoir, à l’époque, n’arrivait pas à comprendre) disait ne pas aimer la guerre… mais acceptait quand même (tu étais un commissaire politique de l’Armée rouge et moi j’étais un parachutiste anglais, tu étais de la Gestapo et moi j’étais de l’Armée secrète, tu étais un saboteur de l’Irgoun et moi j’étais le grand Mufti de Jérusalem) de jouer à cache-cache avec lui dans les trous d’obus…et lui inculquait des notions d’histoire et de géographie… et même de politique…
de Yovo Yovo Bonsoir… village dont il est aujourd’hui divorcé et
-Vivr la outopia !
libéré pour toujours, après la vente « forcée », pour cause d’indivision, de la maison de sa grand-mère…

Nassogne « ici » se trouve au Togo (dans l’Avé ou « préfecture de la forêt », canton de Badja, en bordure de la route de Todomé, à plus ou moins cinq cent mètres de la nationale qui mène à Kevé, Assahoun, au Mont Agou et à Kpalimé)…
C’est le village du temps présent… un nouveau village rêvé et

- Une OEUVRE !
- Une folie, peut-être ? Une déraison, une magie, un enchantement ?
- Toute œuvre est une folie et toute œuvre est magique !
conçu de toutes pièces par
- S’agirait-il du roi
1 Adandozan et de sa dernière épouse, Sophia de Montaguère ?
Gougoui Kangni et Nicole Laget, le beau-père et la belle-mère de Yovo Yovo Bonsoir… qui ont eux-mêmes, ensemble, seuls, pleins d’enthousiasme, d’imagination et de détermination… convaincus
- Comme un jeune couple qui en veut et qu’aucun doute n’assaille !
de pouvoir refaire le monde, avec leurs propres petits sous et l’aide de quelques parents et amis, conduit tout le projet : choisi et acheté le terrain, dessiné les plans des bâtiments (sur la petite table de cuisine ou de la salle à manger d’un appartement parisien), surveillé (en s’installant sous un manguier) les travaux de construction confiés à Roger Atikpati et à son équipe (Gabriel le chauffeur-pasteur, Fo Bomboma, John le flûtiste…), meublé et décoré les chambres… choisi et planté les arbres du parc, les massifs de fleurs, les haies, le paspalum, tracé les allées… et laissé, un peu partout, des sentiers se dessiner librement et serpenter à leur guise dans l’herbe nouvellement posée…

Et même, s’il arrivait un jour que le roi Adandozan et
Sophia de Montaguère doivent
- La conjoncture ? Les contingences ? Les circonstances de temps et de lieu ? L’histoire et la géographie ? Les « évènements » ? L’économie politique, que sais-je ?
- Jamais ! Une œuvre, c’est un truc qui dure, non ? On ne va quand même pas vendre Nassogne deux fois, oh !
céder leur royaume à vil prix à un infâme acquéreur, Nassogne demeurera, à jamais, dans les mémoires de tous ceux qui l’auront découvert et2 habité !

1Kangni Alem, Maître des rituels ou Grand consécrateur, permettra-t-il à Yovo Yovo Bonsoir de transgresser les interdits et de prononcer SON nom ?

2Et qui ont apposé
- Ngai mpe ! signale Yovo Yovo Bonsoir… Moi aussi !
leur nom ou écrit un message sur les murs du grand couloir, près de la cuisine… ou sur un des murs (à l’entrée, à droite) de la chambre n°4, la chambre des écrivains... qui est aussi (on s’en serait douté) celle des musiciens et de tous les artistes de passage…